Fête de Notre Dame du Mont Carmel

L’Evangile de cette fête est celui de Jean 19, 25-27 : Marie debout au pied de la croix avec Jean l’Evangéliste. A Marie est confié le jeune apôtre, symbole de l’Eglise –« Femme, voici ton fils »- ; tandis qu'il reçoit Marie pour Mère –« Voici ta mère ».

L’Ordre du Carmel vénère ce texte puisque, comme l'apôtre Jean, il se sent lui aussi « Fils de Marie ».

C'est en vénérant Marie sous le vocable de Notre Dame du Mont Carmel, que les carmes et les carmélites se rappellent la vision du prophète Elie se tenant en prière d'espérance sur le mont Carmel. Le petit nuage annonciateur de pluie et de bénédictions qu'il vit monter à l’horizon fut pour lui le signe prémonotoire que la sécheresse terrible qui sévissait dans le pays allait bientôt prendre fin.

Plus tard, les Pères de l’Eglise ont interprété ce petit nuage blanc, comme étant la figure de Marie, mère de Dieu, par qui le salut nous est venu.

L'attitude de Marie « debout au pied de la croix » peut inspirer notre méditation en ces temps d’épreuves de toutes sortes. Nous vous proposons celle de frère Jean Loup, moine de Landévennec.

« Devant Marie debout au pied de la croix, je contemple la figure de l’aplomb. Cette faculté de rester debout sans perdre l’équilibre dans la tempête, cette capacité d’être présente en toutes circonstances, de la crèche à la croix, de Cana au Cénacle, de la maison de Nazareth à la maison du Père. Cet aplomb fait de fidélité douce, de foi persévérante, de détermination  obstinée devant Dieu. Marie debout est l’incarnation de la parresia évangélique, cette assurance, cette confiance, cette hardiesse qui caractérise l’attitude du Christ pendant sa vie publique chaque fois qu’il s’expose et parle ouvertement dans l’évangile de Jean.
Pour celui qui ne connaît le Carmel que de l’extérieur, il y a là comme une caractéristique de votre genre de vie.
A l’Horeb, selon un passage du Deutéronome, les Israélites ne voulaient surtout pas remonter sur la montagne où Dieu se tenait dans le feu pour leur parler : « Pourquoi devrions-nous mourir ? Ce grand feu pourrait nous dévorer… Toi, Moïse, approche pour entendre tout ce que dira le Seigneur notre Dieu ! » (cf. Dt 5, 27-28)

Au carmel, bien au contraire, on ne craint pas les brûlures, on aspire à gravir la montagne, pour y vivre, y demeurer même puisque Dieu s’y révèle. Et le risque de mourir ?
Au Carmel, ce n’est pas un risque, c’est une certitude. On accepte de mourir mille morts sur cette montagne, d’être dépouillé de soi quotidiennement pour faire place à Dieu. On l’accepte pour vivre, pour vivre en Dieu. Comme Jacob au gué du Yabboq, comme l’épouse du Cantique, on se livre au combat spirituel. On lutte de nuit avec Dieu et parfois contre Dieu pour qu’il nous livre passage. On ne cesse d’appeler et de chercher son bien-aimé. Et l’amour nous blesse, et l’amour nous tient, et l’amour nous bénit. Et l’on se tient là comme Marie, attachée à la promesse de Dieu, sans rien céder de son « oui » ni de sa joie originelle, dans l’attente du salut. » 

Fr. Jean Loup – moine de Landévennec  - 16 juillet 2017